Glamorgan

L'histoire de l'Ile de Batz ne peut s'écrire (ni se conter d'ailleurs) sans celle de Saint Pol. A la fois mythe et légende, cet homme est intimement lié à l'histoire du Finistère et vous allez voir pourquoi.

Saint Pol Aurélien (plus communément Saint Pol donc, et Sant-Paol en breton) est né vers 492 à Glamorgan dans le sud du Pays de Galles. Il semblerait aussi que le légendaire roi Arthur y soit né aussi, de même que, plus près de nous, Catherine Zeta Jones (ce qui n'est pas rien, avouons le...). Il poursuit ses études dans une école monastique dans l'Ile de Caldey où seront formés plusieurs saints bretons. Décidant de devenir moine, il quitte le monastère à l'âge de quinze ans. A vingt deux ans il est sacré prêtre. Il baptise le Roi Mark, roi de Cornouaille insulaire qui l'avait remarqué et qui voulait se convertir au catholicisme. Il aimerait que Paul devienne évêque mais Paul refuse, estimant que la richesse épiscopale est à l'encontre de l'esprit de l'Evangile. C'est pourquoi il décide de s'embarquer avec une douzaine de moines pour convertir l'Armorique (il faut dire qu'à l'époque, la Bretagne n'était pas vraiment catholique, et même qu'elle était franchement païenne, préférant la religion celte des druides et des dieux de la nature).

Glamorgan, sud du Pays de Galles

 

Saint Pol en Bretagne

C'est ainsi qu'au VIème siècle, Saint Pol débarque à Ouessant où il fonde un premier ermitage. Assez mal accueilli, il ne tarde pas au bout de quelques mois, à rejoindre le continent pour fonder un second ermitage à Lampaul-Ploudalmézeau. Il arrive à Saint Pol de Léon (qui bien évidemment ne s'appelait pas à l'époque Saint Pol de Léon mais Occismor) où il découvre que le propriétaire des lieux n'est autre que l'un de ses lointains cousins de Cornouaille : Withur. Saint Paul s'y fait d'ailleurs rapidement remarquer puisqu'il accomplit quelques miracles : il rend notamment la vue à trois aveugles, et la parole à deux muets et guérit un paralytique.

Le Dragon de l'Ile de Batz

Withur offre ainsi à Saint Paul tous les domaines de l'Ile de Batz pour y fonder ses monastères.En arrivant à l'Ile de Batz qu'on lui avait demandé d'évangéliser, il installe son monastère à Penn Baz (bout de Batz) à la pointe est de l'île (pas loin donc, du Jardin Delaselle). Il ne tarde pas à s'apercevoir que l'Ile est la proie d'un effrayant dragon qui terrorise et décime la population îlienne. Saint Pol revêt alors ses habits sacerdotaux, et, accompagné d'un gentilhomme guerrier de la région de Cléder nommé Nuz, il s'en va donc trouver le dragon dans son antre pour en débarrasser l'Ile. Confiant dans l'Evangile qui donnait aux apôtres le pouvoir de vaincre les serpents, il ordonne tout d'abord à la bête de sortir de sa tanière. Le dragon apparait alors, poussant d'effroyables sifflements. Saint Pol lui passe son étole autour du cou. Miraculeusement rendu docile une fois tenu en laisse de la sorte, le dragon suit Saint Pol jusqu'à la pointe nord ouest de l'Ile et se suicide sur son ordre, en se précipitant dans les flots. L'endroit peut alors prendre son nom actuel : Trou du Serpent (Toull ar Zarpant).. Parfois, lorsque l'on prête l'oreille, on peut entendre la mer faire un bruit peu ordinaire, comme si le dragon criait toujours sa colère. J'ai lu aussi (mais ne l'ai pas vu) qu'il existerait une marque de dent sur l'un des rochers du Trou du Serpent. Je ne manquerai pas d'aller vérifier cette information et vous en dirait plus par la suite.

 

Un repos bien merite

Notre héros sauroctone (un héros sauroctone est un héros tueur de dragon(s)) poursuit ensuite son oeuvre. Il refuse la demande de son cousin Withur de devenir evêque, et ce dernier l'envoie alors en mission à Paris auprès du fils de Clovis, Childebert 1er (alors roi de Paris et d'Orléans) pour lui porter un message secret. Le contenu de ce message n'est autre qu'une demande au roi de contraindre Saint Pol à accepter l'épiscopat, et donc de devenir evêque. Paul cède à contre coeur et est sacré à Paris en 530. Il fonde alors le premier des sept grands évêchés de Bretagne.

Pas pour longtemps.. Car Saint Paul cède son titre à son neveu qui mourra trois ans plus tard. Il est à nouveau contraint par les autorités de reprendre ses fonctions d'évêque. Quelques temps après, Saint Paul prétexte la maladie et la fatigue et peut se débarrasser une nouvelle fois de son épicopat en 565. Il peut alors enfin se consacrer à la vie monastique dans son Ile qu'il aime tant. Il y mourût à l'âge de 102 ans en 594.

Dans l'église de l'Ile de Batz, près d'une statue à son effigie (XVIIème Siècle) un tissu du VIIIème Siècle appelé étole de Saint Pol rappelle les miracles qu'il accomplit en Bretagne. Une de ses phalanges est également conservée comme relique à Saint Pol de Léon..

Bien entendu, le dragon de l'Ile de Batz était en fait le symbole du paganisme et comme Saint Pol avait reçu la mission d'évangéliser l'Ile, son combat légendaire est métaphorique.

 

 

Le vitrail de Saint Pol, et sa statue sur l'Ile de Batz
 
Les autres rappels a la memoire de Saint Pol en Bretagne

 

La Chapelle de Prad-Paol

En fait, Saint Pol n'en était pas à son premier coup d'essai. Sur le site où est construite la chapelle Prad-Paol (à Plouguerneau), il semblerait que Saint Pol ait fait jaillir trois sources en frappant le sol trois fois de son bâton. Une autre version de cette légende parle d'un dragon que Saint Pol aurait décapité et dont la tête aurait frappé trois fois le sol, faisant jaillir les trois sources, avant que Saint Pol n'aille enterrer sa tête sous la croix de pont Krac'h à quelques trois cent mètres de la chapelle. Et les trois sources existent bel et bien : la première est sous la chapelle, la seconde devant et la troisième dans une prairie bordant un chemin.

 

 

 

La chapelle de Prad-Paol (Plouguerneau)

 

La fontaine des sept saints de Bretagne

Cette fontaine, située près de Bulat-Pestivien vers Callac fut construite en 1683 par deux artisans du pays. Autrefois, les sept saints avaient chacun leur statue dans des niches. Ce sont les sept evêques fondateurs des sept évêchés de Bretagne au VIème Siècle : Saint Malo, Saint Samson (Dol), Saint Brieuc, Saint Tugdual (Tréguier), Saint Pol-Aurélien (donc), Saint Paterne (Vannes) et Saint Corentin (Quimper). En Bretagne, le grand pélerinage du Moyen-âge était le Tro Breizh (Tour de Bretagne) qui consistait à prier dans les cathédrales de ces sept évêchés. Sans doute cette magnifique fontaine recevait-elle la visite des fidèles pélerins.

 

 

La Fontaine des Sept Saints